La maison des Jésuites (ca. 1685-1820)

La maison qui se trouvait encore dans le domaine du Mont-Louis en 1804, au moment de l’ouverture du cimetière, avait été construite entre 1682 et 1685 grâce aux largesses de Louis XIV envers son confesseur le Révérend Père de La Chaise.

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La maison en 1685, extrait d’une gravure des Pérelles

En 1803, quand Louis Baron Desfontaines vend le domaine à la ville de Paris, la maison est encore en très bon état. Sur l’acte de vente, il est d’ailleurs précisé que « le grand bâtiment formant principal corps de logis dans le haut du clos est d’ancienne et solide construction et n’exige que des réparations d’entretien. » Ceci vient démentir ce qu’écrit Marchant de Beaumont presque 20 ans plus tard:  selon lui, après la Révolution, MM Baron n’ayant plus les fonds nécessaires pour entretenir une maison d’agrément, « l’habitation du P. La Chaise, non entretenue, tombait en ruine ; elle servait de retraite aux hiboux… »

Extérieur

Le précieux document fourni une description précise de la maison. Je copie ci-dessous un extrait du Procès verbal de l’estimation du clos de Mont-Louis, réalisée par Jacques Molinos, architecte du département de la Seine, et François Timoléon Coulon, lui aussi architecte à Paris.

[…] un grand corps de logis, simple en profondeur, ayant caves, rez-de-chaussée, premier étage carré, deuxième étage en mansarde, avec belvédère en surélévation, couvert en ardoises […]

View of Pere Lachaise Cemetery from the Entrance, 1815 (colour engraving)

La maison en 1815, extrait d’une gravure d’après Courvoisier

Intérieur

Le même document offre l’opportunité de visiter l’intérieur de la maison. Suivez le guide…

Le corps de logis principal est composé d’un berceau de caves vouté, avec sa descente en pierre.

Le rez-de-chaussée est distribué en un vestibule auquel on arrive par un perron, une salle à manger à gauche, avec niche et poêle en faïence et sa colonne ; un grand salon, une salle de billard, à droite, une cuisine, un lavoir, un garde-manger, et un bucher ; ces dernières pièces desservies par un corridor au bout duquel est un escalier montant au premier étage.

A mi-étage du rez-de-chaussée est un office (que l’on le devine sur la gravure de Courvoisier).

Le premier étage est distribué en un corridor donnant entrée à 4 chambres à cheminées, et deux cabinets dont un d’aisance. Un escalier montant aux mansardes.

Ces mansardes contiennent 7 chambres donc 5 à cheminées, plus un cabinet d’aisance.

Au belvédère, sont 3 pièces, dont une à cheminée.

Toutes ces pièces sont garnies de leurs portes et croisées, dont une grande partie à volets, persiennes et grilles de fer.

Plusieurs chambranles de marbre aux cheminées. Boiseries formant armoires […]

Comme on le voit dans ce descriptif, le bâtiment est effectivement en bon état au moment de son achat contrairement à ce qu’on peut lire ça et là.

Sans doute laissée à l’abandon après l’ouverture du cimetière, la maison fut détruite en 1820 et les matériaux furent utilisés pour construire la chapelle.

Où se situait la maison?

Les extraits de plans ci dessous montrent la maison en 1815 (fig. 1 et 2) et la chapelle en 1824 (fig. 3).

La figure n°2 est d’autant plus intéressante qu’elle indique en pointillés l’emplacement envisagé pour la pyramide prévue par Brongniart, qui ne sera au final jamais bâtie. C’est cependant sur cet emplacement, légèrement en retrait par rapport à la maison que sera construite la chapelle.

 

 

La maison devait se trouver au niveau de cette pelouse.

La maison devait se trouver au niveau de cette pelouse.

Il est peu d’endroits, dans les environs de Paris,  dont la perspective soit aussi étendue et aussi variée. Des appartements de sa maison, le Père La Chaise dominait la capitale à l’ouest, apercevait Belleville, Montmartre et Ménilmontant; au midi, sa vue embrassait tout l’horizon de Bicêtre et de Meudon; et, à l’est, elle planait délicieusement sur la belle plaine de Saint-Mandé, Montreuil, Vincennes, et sur les rives si riantes et si fertiles de la Marne. 1

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Panorama actuel depuis la terrasse. Au XVIIème siècle, les jardins à la françaises, dépourvus de grands arbres, permettaient de jouir d’une vue exceptionnelle sur Paris (sans le Panthéon ni la Tour Montparnasse, bien évidemment).

 

Vue générale de Paris vue de la hauteur de Ménilmontant dessinée de la maison du Père de La Chaise, par Jacques Rigaud vers 1720

Vue générale de Paris vue de la hauteur de Ménilmontant dessinée de la maison du Père de La Chaise, par Jacques Rigaud vers 1720


 

Merci à Denis Prouvost de m’avoir procuré l’acte de vente du Mont-Louis conservé au CARAN: ET XCII 256

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  1. Promenade aux cimetières de Paris, aux sépultures royales de Saint-Denis et aux catacombes, Piétresson de Saint-Aubin, Pierre François, Paris, Panckoucke, 1816
2 Comments
  • Chaverou
    avril 4, 2016

    Bonjour madame
    Visiteur régulier du site de M Landru c’est avec intérêt que je viens de parcourir votre site.
    Bravo à vous c’est super !
    Une suggestion cependant pour cet article.
    Une photo de la chapelle dans son contexte actuel serait la bienvenue pour des provinciaux qui comme moi ne visitent le père Lachaise que de façon épisodique.
    Cordialement
    E Chaverou

    • Marie Beleyme
      avril 4, 2016

      Bonjour Eric,
      Il est prévu que je consacre un article entier à la chapelle: vous aurez alors tout un tas de photos à vous mettre sous la dent. Patience… 🙂
      Cordialement,
      Marie

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