La citerne – 24ème division

Les visiteurs prennent souvent ce petit édifice de pierre blonde pour une tombe mais il s’agit en fait de la  citerne qui a donné son nom au chemin qu’elle borde.

Père-Lachaise citerne regard

Père-Lachaise citerne regard

Cadastre de 1888

Dans le Procès verbal de l’estimation du domaine de 1803, cette construction est décrite comme « un regard ou un réservoir revêtu de maçonnerie en souterrain, dans lequel se réunissent les eaux venant de Ménilmontant. » Elle figure aussi sur le plan joint à l’acte de vente du Mont-Louis et faisait partie du petit clos. Elle y est représentée par le point rouge en haut à droite.

Père-Lachaise citerne regard

Origines

A partir de 1688, les Jésuites entreprennent à grands frais d’emmener les eaux de Ménilmontant jusqu’à leur domaine afin d’alimenter les différents bassins et fontaines du domaine ainsi que la maison elle-même. Sur les différentes gravures d’époque à notre disposition, on note la présence de plusieurs jets d’eau. Peut-être y avait-il même d’autres fontaines dissimulées dans les bosquets comme semble l’indiquer le document suivant.

Père-Lachaise citerne regard

Famille des Pérelles, vers 1685

La construction de la citerne date donc vraisemblablement de cette époque.

Lucien Lambeau, dans son excellent ouvrage Histoire des communes annexées à Paris en 1859, tome 1 consacré à Charonne, note page 225:

Non loin de l’ancienne maison champêtre des Jésuites, sur la colline, se voyaient aussi […] les traces et l’emplacement des fossés et des bassins qui l’entouraient. L’eau abondante venant des hauteurs voisines, qui desservait l’habitation et les jardins, était amenée par un petit canal souterrain qui existait encore en partie vers 1816. Il se trouvait à droite de la maison et l’on y descendait par quelques marches.

Sur le plan de Verniquet ci-dessous, encore antérieur, la flèche rouge pointe vers la construction: une canalisation semble en sortir pour venir alimenter le grand bassin en contrebas.

L’emplacement a  été choisi pour deux raisons:

  • La citerne se trouve tout en haut du domaine, condition sine qua non pour faire jaillir les fontaines du parc à la française, toutes situées en contrebas.
  • Il y avait « une source d’eau vive » à ce même endroit si l’on en croit le Procès verbal d’achat du Mont-Louis. Cette source était située dans l’angle du grand bassin que l’on voit sur les cartes anciennes.

Les Jésuites avaient donc fait le choix judicieux de combiner les eaux de Ménilmontant à celles de l’unique source du domaine afin de se constituer un important réservoir d’eau.

Piétresson de Saint-Aubain fournit une description de cette arrivée d’eau en 1816:

[L’] l’eau était amenée par un petit canal souterrain […] qui existe encore en partie. Il est situé à droite de la maison, au dessus d’un enfoncement de terre que l’on reconnaît assez facilement pour un ancien bassin, et dans lequel ont crû des saules assez élevés. On descend dans le canal, par quelques marches en partie ruinée. L’eau n’y coule plus. Celle qu’on y trouve ne paraît venir que des terres supérieures. Elle sert au jardinier du cimetière, pour arroser les petits jardins qui entourent les tombeaux. Il la transporte d’un tombeau à l’autre, dans une voiture trainée par un âne. Cette eau est assez limpide et bonne à boire. 1

La gravure suivante, publiée en 1839 dans les Principaux monuments funéraires de Père-Lachaise, de Montmartre, du Mont-Parnasse et autres cimetières de Paris, montre la citerne en arrière plan de la tombe du chansonnier Desaugiers. Elle y apparaît à moitié ruinée et fut sans doute restaurée une première fois au cours du XIXème siècle.

Tombe de Desaugiers et citerne

L’intérieur

L’entrée du bâtiment est interdite et habituellement fermée par une lourde porte mais j’ai pu me procurer quelques photos de l’intérieur, prises en 2004 lors de sa restauration:

Père-Lachaise citerne regard

Photo Denis Prouvost

Père-Lachaise citerne regard

Photo Denis Prouvost

Père-Lachaise citerne regard

Photo Denis Prouvost

Père-Lachaise citerne regard

Photo Denis Prouvost

Ce qui frappe, c’est l’exiguïté des lieux alors que l’on s’attendrait à avoir accès à un vaste réservoir souterrain.

Alors, regard ou citerne?

S’il s’agit d’une citerne, celle-ci a dû être en partie comblée après que les Jésuites ont quitté les lieux: il n’y a pas de trace d’un réservoir suffisamment grand pour permettre de faire fonctionner les jets d’eau du domaine.

Une seconde hypothèse a ma préférence: l’édicule ne serait qu’un simple regard, point d’arrivée des canalisations venant de Ménilmontant. L’eau ainsi apportée ne faisait que transiter par l’édicule et le grand bassin en contrebas servait de réservoir à ciel ouvert.

Quoi qu’il en soit, si l’on en croit le Procès verbal d’estimation, le bassin n’est plus en 1803 qu’une « mare couverte de roseaux, revêtue de murs en ruine » que seule alimente la source. Comme vu un peu plus haut, l’eau n’arrive plus de Ménilmontant, sans doute faute d’entretien des canalisations en amont. L’édifice objet de cet article, citerne ou réservoir, a déjà perdu toute utilité. Il demeure cependant l’un des rares vestiges du domaine des Jésuites encore visibles aujourd’hui.

 Quelques images supplémentaires

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  1. Promenade aux cimetières de Paris, aux sépultures royales de Saint-Denis et aux catacombes
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