Brève histoire du Mont-Louis en quelques cartes

Les cartes anciennes sont des aides précieuses pour comprendre l’évolution d’un lieu. Du fait de sa relative proximité avec Paris, le Mont-Louis a la chance de figurer sur un certain nombre de cartes de la capitale et de ses environs éditées aux XVIIème et XVIIIème siècles.

Voila à quoi ressemble le domaine des Jésuites en 1672. C’est un domaine rural et modeste, acquis par les Jésuites de la maison-professe de Saint-Louis en 1626, pour servir de retraite campagnarde aux Jésuites de Paris. La maison, l’antique Folie Regnault sans doute bâtie au XVème siècle, n’est même pas représentée sur le plan. On devine par contre un parterre à la française sur une parcelle du terrain.

François d'Aix de La Chaise, école française du XVIIème siècleC’est sous l’impulsion du Révérend Père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, que le domaine se transforme à partir des années 1680. Ainsi, la maison du Mont-Louis est probablement bâtie entre 1682 et 1685. En effet, dans une lettre en date du 14 juillet 1682 adressée au Général de la Compagnie de Jésus à Rome, François d’Aix, seigneur de La Chaise, indique son désir de rebâtir la Folie Regnault qui menace ruine :

Notre maison-professe de Paris possède dans un faubourg très rapproché de la Ville une petite maison où nos Pères, une fois par mois, vont prendre habituellement leurs récréations. Depuis longtemps elle est criblée de fentes et menace ruine. Qu’il me soit permis, avec l’aide de votre Paternité, de venir en cette circonstance au secours de notre maison-professe, qui est dans une pauvreté extrême, de rebâtir cette petite maison en l’accommodant aux usages nécessaires, et d’y consacrer, selon que je le jugerai à propos, l’aumône que j’ai l’intention de demander à mon excellent et très-aimé Roi.

Texte cité dans Le Père de la Chaise, confesseur de Louis XIV. Études d’histoire religieuse, par R. DE CHANTELAUZE. Lyon, chez Brun, 1859, p. 85.

On peut imaginer que Louis XIV sut se montrer généreux avec son confesseur.

En l’espace de deux ou trois ans, une maison cossue est construite et des jardins à la française, étagés sur la colline, viennent rendre le séjour plus agréable.  En 1688, sont entrepris de gros travaux pour amener les eaux de Ménilmontant jusqu’au domaine et ainsi alimenter les bassins. Tout en bas du terrain, comme on le devine sur la gravure, est aménagé un jardin potager.

Mont-Louis Cimetière Père-Lachaise

Vue de la façade avant du Mont-Louis et des jardins, vers 1685, gravure par la famille Pérelle

A l’arrière du bâtiment, en 1685, on trouve aussi un jardin arboré et ceint de murs.

Mont-Louis Cimetière Père-Lachaise

Vue de la façade arrière du Mont-Louis (on devine Paris en arrière plan), 1685, gravure par la famille Pérelle

Le plan suivant, levé par le cartographe Delegrive, montre que les Jésuites se sont attachés à agrandir et à embellir leur propriété de campagne entre les années 1680 et 1730: le domaine s’est transformé en l’espace d’une cinquantaine d’années.

En 1762, les Jésuites sont bannis de France. Le Mont-Louis est vendu en 1763, comme d’autres domaines de l’ordre, aux profits des créanciers de la Compagnie de Jésus.

De 1763 à 1771, le domaine passe entre diverses mains avant d’être acquis en 1771 par la famille Baron.

Le plan de Verniquet ci-dessous nous montre qu’entre le départ des Jésuites et 1790, le domaine subit de nombreuses transformations. Une grande partie du parc à la française disparaît:  le terrain est morcelé puis loué à des particuliers qui y plantent des arbres fruitiers, de la vigne et y aménagent des jardins potagers. La famille Baron garde pour son usage personnel la maison ainsi que le jardin qui l’entoure. Cette ensemble d’un peu plus d’un hectare constitue ce que l’on appelle alors « le petit clos », délimité en bleu ci-dessous.

Le domaine reste dans la famille Baron jusqu’à sa vente à la commune de Paris le 17 floréal an XI (7 mai 1803) pour la somme de 180.000 francs. L’immense propriété mesure alors 17 hectares et 58 ares: dans l’acte de vente, on la décrit comme ayant une « grande valeur foncière et locative. » (AN 256XCIII)

 

Mont-Louis Cimetière Père-Lachaise

Le Mont-Louis en l’An XI, pièce annexe de l’acte de vente du terrain

 

Quelques gravures supplémentaires:

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1 Comment
  • Henri Lecomte
    avril 2, 2016

    Superbe description. Je suis un passionné d’Histoire, et celle de Paris est riche.
    Bravo pour ce travail.

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