François Simmonet de Coulmiers (1741-1818) – D51 (tombe disparue)

De Coulmiers Père-LachaiseNé à Dijon le 30 septembre 1741, il appartenait à l’ordre des chanoines de Prémontré et fut le dernier abbé régulier de Notre-Dame-D’Abbécour (Yvelines) avant que celle-ci ne soit détruite à la Révolution.

En 1789 justement, Coulmiers est représentant du clergé aux États-Généraux. Il est député à l’Assemblée Nationale Constituante jusqu’en 1791. « [I]l signa l’abandon des dîmes, parla sur les biens du clergé, sur la fixation du traitement des religieux, fut nommé membre de la commission pour l’aliénation des domaines, et prit part à la discussion de la Constitution civile du clergé. Il s’était associé à une déclaration du côté droit de l’Assemblée contre les décrets de la majorité en matière de religion ; puis il se ravisa, et, dans la séance du 1er juillet 1790, il demanda acte de sa rétractation solennelle.  » 1 Il prête serment à la constitution civile du clergé en 1790.

Durant la Terreur, il préfère fuir à l’étranger. A son retour,  on le trouve député de la Seine de 1799 à 1803, nommé par le Sénat conservateur. C’est un bonapartiste convaincu.

Charenton

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La maison royale de Charenton en 1838

En 1804, il devient directeur de la Maison Nationale de Charenton, hospice destiné à accueillir les aliénés. Cet établissement est totalement dépourvu de règles et Coulmiers en est donc le chef tout puissant. Jean-Étienne Esquirol écrit: « Le Ministre de l’Intérieur en rétablissant la Maison de Charenton fit une faute grave en se contentant de nommer les principaux chefs de l’Établissement [. . .] sans donner de règlement ni de mode de comptabilité, sans déterminer les attributions des divers fonctionnaires enfin sans établir une surveillance régulière. Il en résulte de là que Monsieur DE COULMIERS fut administrateur absolu. » 2

S’il n’a aucune formation en médecine, Coulmiers décide de tout, y compris du traitement des aliénés à sa charge, et impose la méthode forte pour « apaiser » les patients de l’hospice: bains d’eau glacée, camisoles de force, cages, etc. Paradoxalement, Coulmiers est aussi un précurseur de l’art-thérapie qui souhaite offrir aux malades des distractions thérapeutiques telles la musique, la danse ou le théâtre.

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© Mary Evans

Et voilà que le Marquis de Sade, interné depuis 1801, d’abord à Sainte-Pélagie puis à Bicêtre, arrive à Charenton au printemps 1803. Le Divin Marquis jouit de quelques privilèges à l’hospice. Il est notamment logé dans la partie réservée aux femmes, il peut sortir et recevoir des visites, il a accès à une nourriture de qualité… Il invite d’ailleurs régulièrement Coulmiers à partager sa table. Les deux hommes semblent avoir des relations cordiales, sinon amicales. Bientôt, le directeur autorise le patient à sélectionner, écrire peut-être même, et mettre en scène des pièces et saynètes qui sont jouées par des comédiens professionnels et une poignée d’amateurs éclairés. Quelques patients parmi les plus calmes auraient même pu participer aux représentations mais ce point fait débat: ce ne serait en fait qu’un bruit que Coulmiers aurait lui-même fait circuler pour assurer la popularité des représentations et sans doute montrer les bonnes pratiques de l’hospice.

Un théâtre est construit à l’asile. Il peut accueillir plus de 200 personnes, dont une quarantaine de patients parmi les spectateurs. Le tout-Paris espère décrocher une invitation pour venir assister aux représentations et danser aux bals qui sont organisés tous les jeudis. Coulmiers, qui a de l’ambition, en profite pour soigner sa réputation et son entregent.

Mais tout le monde n’apprécie pas ces pratiques. C’est le cas par exemple d’Antoine Royer-Collard, médecin chef de l’hospice depuis 1806. Coulmiers et lui-même sont en perpétuelle opposition. Dans une lettre le médecin interpelle en ces termes le ministre de l’Intérieur, Camille de Montalivet, en 1808: « [On] a eu l’imprudence de former un théâtre dans cette maison, sous prétexte de faire jouer la comédie aux aliénés, sans réfléchir aux funestes effets qu’un appareil aussi tumultueux devait nécessairement reproduire sur leur imagination. M. de Sade est le directeur de ce théâtre. C’est lui qui indique les pièces, distribue les rôles et préside aux répétitions. » Il déplore bien entendu que ses patients soient en contact régulier avec le Marquis, « homme abominable. »

Il faudra beaucoup de patience au médecin puisque ce n’est qu’en mai 1813 que le théâtre de l’hospice est fermé. Coulmiers est remercié en 1814, son passé révolutionnaire lui jouant sans doute des tours au moment où les Bourbon remontent sur le trône. Quant à Sade, il décède à l’hospice le 2 décembre 1814 et est inhumé sans grandes pompes dans le cimetière de l’hospice, aujourd’hui disparu.

Tombe au Père-Lachaise

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Plan dit de Giraldon-Bovinet (1824)

François Simmonet de Coulmiers meurt à Paris le 4 juin 1818 et est inhumé le 6 dans une concession temporaire dans « la pièce en face du château » qui correspond aujourd’hui à la 51ème division, alors réservée à ce type d’inhumations. En 1821, son tombeau est orné d’un monument assez remarquable et bien peu discret. Marchand de Beaumont en fait une assez longue et précise description:

Au milieu de cette foule de tombes temporaires, monuments peu solides de regrets, quelle est cette pyramide triangulaire 3 chargée d’un écusson d’armoiries, d’une croix et d’un chapeau que l’on dirait épiscopal si le cordon qui le distingue ne s’y voyait raccourci? […] Au dessous de l’écusson surmonté de ses insignes abbatiaux, est d’abord une palme,  puis la décoration de la légion d’honneur, un oiseau funèbre et deux faux mortuaires croisées ; enfin on lit cette épitaphe française:

« Ci-gît François Simonet des Colmiers (sic), abbé d’Abbécourt, prieur de Prémontré, député aux états-généraux de 1789, chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur, directeur général de l’hospice des aliénés de Charenton, né à Dijon le 30 septembre 1741, décédé à Paris le 4 juin 1818. – Dans les diverses fonctions qu’il a remplies, il s’y montra toujours supérieur par son génie et ses connaissances, bienfaisant envers les pauvres et généreux envers tout le monde. »

Sur la face droite de cette pyramide est sculpté un roseau cassé, dont la partie supérieure renversée tient encore à sa tige ; plus bas une tête de mort et des ossements croisés ; l’inscription placée au-dessous est latine, on y lit:

« Hic jacet meliorem vitam adeptus Franciscus Simonet des Colmiers Alborum curiæ abbatiæ regularis abbas, Premonstratensis ordinis prior, regii ordinis honoris eques. »

Ce qui signifie:

« Ci-gît, maintenant dans une meilleure vie, François Simonet des Colmiers, Abbé régulier d’Abbécourt, prieur de l’ordre royal de Prémontré, chevalier de l’ordre royal de la légion d’honneur. »

De peur que l’on oublie aucun des titres, fonctions, emplois possédés par le dit abbé, sur la troisième face du monument on lit encore son nom placé au-dessous d’une couronne d’étoiles et puis les seuls titres de :

« Membre de l’assemblée des états généraux, et directeurs des insensés de Charenton. »

l’un à l’autre accolés. » 4

La concession, expirée au bout de 5 ans, fut renouvelée au moins une fois le 27 juin 1823.  Il n’en reste plus aucune trace aujourd’hui.

Postérité

Bien maigre de toute évidence… Il faut cependant noter que l’abbé, souvent décrit comme un nain disgracieux, fut incarné en 2000 dans le film Quills par Joachim Phoenix.

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  1. Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, Adolphe Robert et Gaston Cougny, 1889-1891
  2. Mémoire historique et statistique sur la Maison Royale de Charenton, Jean-Etienne Esquirol, 1835
  3. très probablement un obélisque
  4. Vues pittoresques, historiques et morales du cimetière du P. La Chaise, Marchant de Beaumont, François-Marie, chez l’auteur, oct. 1821
1 Comment
  • Steve
    novembre 6, 2016

    Merci beaucoup mademoiselle! Thanks so much Marie. Another wonderful bit of detective work with an illuminating result. And once again, I’ve had to update my database — which, by the way, is something I enjoy doing since it means I get that ever closer to the truth of a thing, wherever it may lie. And so much of that process I owe to you. Keep up the good work!

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